Blog

7/24/2026

Amortissement du fonds de commerce : la déduction fiscale temporaire

Amortir un fonds de commerce et déduire cet amortissement : dispositif temporaire pour les fonds acquis entre 2022 et 2025, conditions et exclusions.

Vous avez racheté un fonds de commerce, ou vous envisagez de le faire, et votre expert-comptable évoque la possibilité d'amortir ce fonds pour réduire votre impôt. Bonne nouvelle, mais attention au calendrier : la déduction fiscale de l'amortissement du fonds de commerce relève d'un dispositif temporaire et conditionné. Ce qui était impossible hier est devenu possible sous conditions, pour une fenêtre de temps précise. Comprendre ce régime peut représenter une économie d'impôt substantielle pour un dirigeant vendéen. Voici ce qu'il faut savoir.

Le sujet est technique mais l'enjeu est concret : amortir un fonds de commerce, c'est déduire chaque année une fraction de son prix d'acquisition du résultat imposable. Sur un fonds acquis plusieurs centaines de milliers d'euros, l'économie peut être réelle, à condition de respecter les règles.

Le principe : un fonds de commerce normalement non amortissable

Sur le plan fiscal, le fonds de commerce est en principe un élément non amortissable. La raison est logique : un fonds de commerce n'a pas de durée de vie limitée prévisible. Sa valeur ne se déprécie pas mécaniquement avec le temps, contrairement à une machine ou un véhicule. L'administration fiscale considère donc traditionnellement que le fonds ne peut pas faire l'objet d'un amortissement déductible.

L'article 39 du Code général des impôts pose ce principe au 2° de son premier paragraphe : ne sont pas admis en déduction les amortissements des fonds commerciaux. C'est la règle de base. Mais cette règle connaît désormais une exception temporaire importante.

L'exception temporaire : un dispositif favorable

Par dérogation au principe de non-amortissement, l'article 39 du Code général des impôts admet en déduction les amortissements constatés en comptabilité au titre des fonds commerciaux lorsqu'ils sont acquis à compter du 1er janvier 2022 et jusqu'au 31 décembre 2025. Cette mesure, instaurée pour soutenir les acquéreurs de fonds, ouvre une fenêtre fiscale temporaire.

Une fenêtre d'acquisition précise

Le dispositif est lié à la date d'acquisition du fonds. Seuls les fonds acquis dans la période ouverte par le texte bénéficient de la déductibilité de l'amortissement. Un fonds acquis avant cette période, ou après son terme, reste soumis au principe de non-déductibilité. La date d'acquisition est donc un élément déterminant à vérifier.

L'articulation comptable et fiscale

Le dispositif s'appuie sur une règle comptable. Comptablement, les petites entreprises peuvent amortir leur fonds commercial sur une durée déterminée lorsque sa durée d'utilisation est limitée. Le dispositif fiscal temporaire permet, pour les fonds acquis dans la fenêtre prévue, de rendre cet amortissement comptable déductible du résultat fiscal. C'est cette articulation entre comptabilité et fiscalité qui ouvre l'avantage.

Les conditions à respecter

L'exclusion des acquisitions entre entreprises liées

Le dispositif comporte un garde-fou anti-abus. L'article 39 précise que la déductibilité ne s'applique pas aux fonds acquis auprès d'une entreprise liée, ni auprès d'une entreprise placée sous le contrôle de la même personne physique que l'entreprise qui acquiert le fonds. L'objectif est d'éviter qu'un dirigeant n'organise une cession de fonds entre ses propres sociétés dans le seul but de générer un amortissement déductible. Les opérations internes au sein d'un même groupe ou d'un même contrôle familial sont donc exclues.

La réalité de l'amortissement comptable

La déduction fiscale suppose que l'amortissement soit effectivement constaté dans la comptabilité de l'entreprise. Il ne suffit pas de vouloir déduire : l'amortissement doit être comptabilisé selon les règles applicables. La cohérence entre l'écriture comptable et la déduction fiscale est essentielle.

L'intérêt fiscal pour le dirigeant

Une réduction du résultat imposable

L'avantage est direct : amortir le fonds de commerce réduit le résultat imposable de l'entreprise, et donc son impôt. Pour une société soumise à l'impôt sur les sociétés, chaque euro d'amortissement déduit diminue la base imposable. Sur un fonds de valeur importante amorti sur plusieurs années, l'économie cumulée peut être significative.

Un exemple chiffré

Prenons un dirigeant vendéen qui rachète un fonds de commerce pour 300 000 euros dans la fenêtre ouverte par le dispositif. Si le fonds est amorti sur dix ans, l'entreprise déduit 30 000 euros par an de son résultat imposable. Pour une société à l'impôt sur les sociétés, cette déduction réduit l'impôt chaque année pendant la durée de l'amortissement. L'amortissement transforme une acquisition en avantage fiscal récurrent. Le gain dépend du taux d'imposition applicable et de la durée d'amortissement retenue.

Acquisition du fonds ou des titres : un arbitrage renouvelé

Le dispositif d'amortissement déductible change l'arbitrage classique entre l'acquisition d'un fonds de commerce et celle des titres de la société qui l'exploite. Cet arbitrage, central dans toute reprise, mérite d'être réexaminé.

L'acquisition du fonds de commerce

Acquérir le fonds de commerce permet au repreneur de ne reprendre que l'activité, sans le passif de la société vendeuse. Avec le dispositif temporaire, l'acquisition du fonds ouvre en outre la possibilité d'amortir ce fonds et de déduire cet amortissement, ce qui réduit le coût fiscal réel de l'opération. Cet avantage renforce l'attrait de l'acquisition du fonds.

L'acquisition des titres

Acquérir les titres de la société exploitante présente d'autres avantages : continuité des contrats, des autorisations et de la relation avec les tiers. Mais le repreneur hérite alors du passif de la société, et l'amortissement du fonds détenu par la société ne lui est pas directement accessible de la même manière. Le choix dépend donc d'un ensemble de facteurs, parmi lesquels l'avantage fiscal de l'amortissement pèse désormais davantage.

Un arbitrage global

La décision entre fonds et titres ne se résume pas à la question de l'amortissement. Elle intègre la reprise ou non du passif, la continuité des contrats, les garanties, la fiscalité de l'opération pour le vendeur comme pour l'acquéreur. Mais le dispositif d'amortissement déductible est devenu un paramètre à intégrer dans cette réflexion globale. Un conseil avisé aide à peser l'ensemble de ces éléments.

Une opportunité à saisir dans les délais

Le caractère temporaire du dispositif en fait une opportunité à saisir dans une fenêtre précise. Pour un dirigeant qui envisage l'acquisition d'un fonds de commerce, la date d'acquisition détermine l'éligibilité à l'amortissement déductible. Cette dimension temporelle doit être intégrée dans le calendrier du projet de reprise.

Au-delà de la fenêtre prévue, et sauf prorogation, le principe de non-déductibilité retrouve son empire. Un projet d'acquisition gagne donc à être étudié en tenant compte de ce paramètre, qui peut représenter une économie significative étalée sur la durée d'amortissement. Anticiper et vérifier l'éligibilité du fonds est essentiel pour ne pas manquer cet avantage. Un accompagnement permet de sécuriser l'opération et d'en optimiser le calendrier.

Les points de vigilance

Vérifier l'éligibilité du fonds

Avant de compter sur l'amortissement, il faut vérifier que le fonds remplit les conditions : date d'acquisition dans la fenêtre prévue, acquisition hors entreprise liée, constatation comptable de l'amortissement. Une déduction pratiquée sur un fonds non éligible expose à un redressement.

Anticiper la fin du dispositif

Le caractère temporaire du dispositif impose d'être attentif au calendrier. Le régime favorable concerne les fonds acquis jusqu'à une date déterminée. Au-delà, sauf prorogation, le principe de non-déductibilité retrouve son empire. Un projet d'acquisition de fonds doit intégrer cette dimension temporelle.

Le sort de la provision

L'article 39 prévoit aussi un mécanisme spécifique pour les provisions constituées au titre d'un fonds commercial dont l'amortissement est admis en déduction. La provision est rapportée aux résultats selon des modalités précises. Cette articulation entre provision et amortissement demande une analyse comptable et fiscale attentive.

Comprendre la logique comptable sous-jacente

Le dispositif fiscal s'appuie sur une évolution des règles comptables qu'il est utile de comprendre pour bien l'appliquer.

L'amortissement comptable du fonds commercial

Comptablement, le fonds commercial est présumé avoir une durée d'utilisation non limitée, ce qui exclut son amortissement. Mais cette présomption peut être renversée lorsque la durée d'utilisation du fonds est limitée. Par ailleurs, les petites entreprises bénéficient d'une mesure de simplification leur permettant d'amortir leur fonds commercial sur une durée déterminée. C'est sur cette base comptable que s'articule le dispositif fiscal temporaire.

L'articulation avec la déduction fiscale

Le principe fiscal reste la non-déductibilité de l'amortissement du fonds commercial. Le dispositif temporaire fait exception en rendant déductible l'amortissement comptabilisé, pour les seuls fonds acquis dans la fenêtre prévue. Autrement dit, il faut à la fois constater l'amortissement en comptabilité et que le fonds entre dans le champ du dispositif pour bénéficier de la déduction. Cette double condition est au cœur du mécanisme.

La durée d'amortissement

La durée sur laquelle le fonds est amorti dépend de sa durée d'utilisation estimée ou, pour les petites entreprises bénéficiant de la mesure de simplification, d'une durée forfaitaire. Le choix de cette durée influence le montant annuel de l'amortissement et donc de l'économie fiscale. Une durée plus courte concentre l'avantage sur moins d'années ; une durée plus longue l'étale. Ce choix doit être cohérent avec la réalité économique et les règles comptables.

Un cas pratique vendéen

Une dirigeante vendéenne reprend un fonds de commerce de restauration pour 250 000 euros, dans la période ouverte par le dispositif, auprès d'un tiers sans lien avec elle. Son entreprise, soumise à l'impôt sur les sociétés, amortit le fonds sur dix ans, soit 25 000 euros par an. Chaque année, ce montant vient réduire le résultat imposable, générant une économie d'impôt sur les sociétés pendant dix ans. Si elle avait racheté le fonds à une société qu'elle contrôle, l'exclusion des acquisitions entre entreprises liées l'aurait privée de cet avantage. Cet exemple montre l'intérêt du dispositif et l'importance de vérifier l'absence de lien avec le vendeur.

Questions fréquentes

Tous les fonds de commerce sont-ils concernés ?

Non. Seuls les fonds acquis à compter du 1er janvier 2022 et jusqu'au 31 décembre 2025 bénéficient de la déductibilité de l'amortissement. Les fonds acquis avant ou après cette fenêtre restent soumis au principe de non-déductibilité, sauf prorogation du dispositif. La date d'acquisition est donc déterminante.

Puis-je amortir un fonds racheté à ma propre société ?

Non. Le dispositif exclut les fonds acquis auprès d'une entreprise liée ou auprès d'une entreprise placée sous le contrôle de la même personne physique que l'acquéreur. Cette exclusion vise à empêcher les opérations internes destinées à créer artificiellement un amortissement déductible. Un rachat entre vos propres sociétés ne permet donc pas de bénéficier de l'avantage.

L'amortissement déductible s'applique-t-il aussi à l'impôt sur le revenu ?

Le dispositif concerne la déduction de l'amortissement du résultat imposable. Son intérêt est particulièrement net pour les entreprises soumises à l'impôt sur les sociétés, mais il s'apprécie au regard du résultat imposable de l'entreprise. Une analyse de votre situation précise permet de mesurer l'avantage selon votre régime d'imposition.

L'amortissement dans une stratégie d'acquisition

L'amortissement déductible du fonds de commerce change l'équation économique d'une acquisition. Lorsqu'il s'applique, il réduit le coût réel de l'opération en générant une économie d'impôt étalée. Cet avantage doit être intégré dès l'étude du projet de reprise, aux côtés des autres paramètres : prix, financement, structuration juridique.

Le choix entre acquisition du fonds de commerce et acquisition des titres de la société exploitante prend aussi une nouvelle dimension à la lumière de ce dispositif. L'amortissement du fonds peut faire pencher la balance en faveur de l'acquisition du fonds, alors que d'autres considérations peuvent plaider pour l'acquisition des titres. Cet arbitrage mérite une analyse globale.

Intégrer l'amortissement dans le plan de financement

L'amortissement déductible du fonds de commerce ne se limite pas à un avantage fiscal abstrait : il influence concrètement le plan de financement d'une acquisition. L'économie d'impôt générée année après année améliore la capacité de remboursement de l'entreprise et allège le coût réel de l'opération.

Lorsqu'un repreneur finance l'acquisition d'un fonds par un emprunt, l'économie d'impôt liée à l'amortissement dégage de la trésorerie qui peut contribuer au remboursement des échéances. Sur la durée d'amortissement, cet effet cumulé n'est pas négligeable. Intégrer ce paramètre dans le plan de financement permet de présenter un projet plus solide aux partenaires bancaires et d'optimiser la structuration de la reprise.

Cette dimension renforce l'intérêt d'un conseil global au moment de la reprise, qui articule les aspects juridiques, fiscaux et financiers. Le dispositif d'amortissement, bien exploité, devient un levier d'optimisation de l'ensemble de l'opération.

Vérifier l'éligibilité avant de s'engager

Avant de compter sur l'amortissement déductible, une vérification méthodique de l'éligibilité du fonds s'impose. Trois points doivent être contrôlés. D'abord, la date d'acquisition du fonds, qui doit se situer dans la fenêtre ouverte par le dispositif, du 1er janvier 2022 au 31 décembre 2025. Ensuite, l'absence de lien entre l'acquéreur et le vendeur, le dispositif excluant les acquisitions entre entreprises liées ou sous contrôle commun. Enfin, la constatation effective de l'amortissement en comptabilité, condition de sa déduction fiscale.

Cette vérification préalable évite une déduction pratiquée à tort, qui exposerait à un redressement. Elle permet aussi de confirmer l'avantage attendu avant d'arrêter la décision d'acquisition. Un audit de l'opération, mené avec un conseil, sécurise l'ensemble.

Un accompagnement pour optimiser votre acquisition

L'amortissement déductible du fonds de commerce est une opportunité fiscale réelle, mais encadrée par des conditions de date, de périmètre et de comptabilisation. Entre la vérification de l'éligibilité, l'articulation comptable et fiscale et l'intégration dans la stratégie d'acquisition, le sujet demande de l'expertise.

Le cabinet de Maître Bernard Lagrange, avocat en droit des affaires à La Roche-sur-Yon, accompagne les dirigeants vendéens dans la structuration de leurs acquisitions de fonds de commerce et l'optimisation de leur fiscalité, en lien avec leur expert-comptable. Contactez le cabinet pour étudier votre projet d'acquisition.

Recevoir nos conseils juridiques.

Recevez nos veilles juridiques et dernières actualités pour rester à jour sur la gestion de votre entreprise.