Votre situation mérite une analyse personnalisée. Maître Bernard Lagrange vous reçoit à La Roche-sur-Yon pour faire le point.
Prendre rendez-vousVotre trésorerie se dégrade, les échéances s'empilent, les relances fournisseurs s'accumulent. La question qui se pose n'est plus « est-ce que je vais tenir » mais « quelle procédure ouvrir, quand, et avec quelles conséquences ». Le redressement judiciaire est l'une des réponses prévues par le Code de commerce pour tenter de sauver une activité quand elle ne peut plus payer ses dettes exigibles.
Cette procédure est encadrée par un calendrier très strict, en particulier un délai de 45 jours qui peut, à lui seul, faire basculer votre responsabilité personnelle. Ce guide vous explique, étape par étape, comment la procédure se déclenche, se déroule et se conclut, ce que chaque acteur fait concrètement, et les points de vigilance qui reviennent le plus souvent dans nos dossiers.
Le redressement judiciaire est une procédure collective. Autrement dit, elle organise de manière globale le traitement des difficultés de l'entreprise, vis-à-vis de tous ses créanciers à la fois, sous le contrôle du tribunal.
L'article L631-1 du Code de commerce pose trois objectifs cumulatifs :
Le redressement ne s'ouvre pas à n'importe quel stade de difficulté. Il suppose que l'entreprise soit en cessation des paiements, tout en laissant espérer un redressement possible. Si l'activité est manifestement insauvable, le tribunal oriente le dossier vers la liquidation.
La cessation des paiements est définie par l'article L631-1 du Code de commerce comme l'impossibilité de faire face au passif exigible avec l'actif disponible.
Pour bien comprendre :
Un point important : le texte précise que si l'entreprise bénéficie de réserves de crédit ou de moratoires qui lui permettent de faire face au passif exigible, elle n'est pas en cessation des paiements. Un accord écrit avec un fournisseur pour reporter une échéance change donc la qualification juridique.
Exemple concret : une PME vendéenne du bâtiment a 180 000 € de dettes échues (URSSAF, fournisseurs, loyer) et 60 000 € en trésorerie, sans ligne de crédit mobilisable. Elle est en cessation des paiements, même si son carnet de commandes est plein et que ses créances clients s'élèvent à 300 000 € à 60 jours.
Beaucoup de dirigeants utilisent les termes de manière interchangeable. Juridiquement, elles ne visent pas les mêmes situations :
ProcédureCondition d'ouvertureObjectifSauvegardeDifficultés sérieuses sans cessation des paiementsPrévenir l'aggravation, réorganiserRedressement judiciaireCessation des paiements avec redressement possiblePoursuivre l'activité, apurer le passifLiquidation judiciaireCessation des paiements et redressement manifestement impossibleRéaliser l'actif, payer les créanciers
La frontière entre sauvegarde et redressement se joue sur quelques jours de trésorerie. D'où l'intérêt d'anticiper.
C'est probablement la règle la plus mal comprise par les dirigeants, et la plus lourde de conséquences.
L'article L631-4 du Code de commerce impose au dirigeant de demander l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire au plus tard dans les quarante-cinq jours qui suivent la cessation des paiements, sauf s'il a, dans ce même délai, demandé l'ouverture d'une procédure de conciliation.
Le point de départ n'est pas la date à laquelle vous prenez conscience de la difficulté. C'est la date à laquelle, objectivement, l'actif disponible ne couvre plus le passif exigible. Le tribunal, lorsqu'il ouvre la procédure, fixe cette date, qu'on appelle la date de cessation des paiements. Elle peut être reportée jusqu'à 18 mois en arrière par rapport au jugement d'ouverture.
L'article L653-8 du Code de commerce prévoit que l'interdiction de diriger, gérer, administrer ou contrôler toute entreprise peut être prononcée contre le dirigeant qui a omis sciemment de demander l'ouverture d'une procédure de redressement ou de liquidation dans le délai de 45 jours, sans avoir par ailleurs demandé l'ouverture d'une conciliation.
Cette interdiction peut atteindre quinze ans. Elle empêche de diriger toute société commerciale, artisanale ou agricole, en France.
Dans nos dossiers, c'est souvent ce retard dans la déclaration qui transforme une procédure techniquement maîtrisable en catastrophe personnelle pour le dirigeant.
Si vous êtes très proche de la cessation des paiements, ou en cessation depuis moins de 45 jours, la conciliation est une alternative confidentielle qui peut suspendre le compte à rebours du délai.
Pour les entreprises vendéennes, c'est le tribunal de commerce de La Roche-sur-Yon qui est compétent pour les commerçants du département.
L'article R631-1 du Code de commerce liste les documents à joindre à la déclaration. En pratique, vous devez préparer :
Ces documents doivent être datés, signés et certifiés sincères et véritables par le demandeur. Ceux relatifs au passif, aux créances, aux dettes et à l'inventaire doivent dater de la demande ou des sept jours qui précèdent.
Une demande incomplète retarde l'ouverture et expose le dossier à des difficultés par la suite. L'accompagnement par un avocat est fortement recommandé pour vérifier la cohérence du dossier.
Le tribunal convoque le dirigeant. L'audience est tenue en chambre du conseil, donc non publique. Le tribunal vérifie :
Si ces conditions sont réunies, il rend un jugement d'ouverture. Ce jugement fixe la date de cessation des paiements, désigne les organes de la procédure, et ouvre la période d'observation.
Si le tribunal considère le redressement manifestement impossible, l'article L631-7 du Code de commerce lui permet de basculer directement en liquidation judiciaire.
Une fois le jugement d'ouverture rendu, plusieurs acteurs interviennent. Leur rôle respectif conditionne toute la suite de la procédure.
Désigné par le tribunal dans le jugement d'ouverture (article L621-4 du Code de commerce), il supervise la procédureet rend les ordonnances utiles au bon déroulement : autorisation de certains actes, arbitrages entre parties, vérification des créances.
Il représente l'intérêt collectif des créanciers. C'est à lui que les créanciers déclarent leurs créances. Il vérifie ces déclarations et donne son avis sur les admissions.
Il n'est pas là pour gérer l'entreprise. Il est là pour s'assurer que les droits des créanciers sont respectés tout au long de la procédure.
Sa désignation n'est pas systématique. L'article L621-4 du Code de commerce, combiné à l'article R621-11, prévoit que le tribunal n'est pas tenu de désigner un administrateur lorsque l'entreprise compte moins de 20 salariés et réalise un chiffre d'affaires hors taxes inférieur à 3 000 000 €.
Quand il est nommé, le tribunal lui confie une mission :
Concrètement, l'administrateur analyse la situation économique et sociale, veille à la continuité de l'exploitation, négocie avec les créanciers, prépare le projet de plan, et propose les mesures de restructuration nécessaires.
Désigné par le comité social et économique ou, à défaut, élu par les salariés, il est chargé de relayer les préoccupations des salariés pendant la procédure et de vérifier les créances salariales.
Dans la grande majorité des cas, le dirigeant reste en fonction. Il conserve la gestion courante, sous le contrôle de l'administrateur quand il y en a un. Les décisions importantes (licenciements, cessions d'actifs, actes de disposition) relèvent du juge-commissaire ou du tribunal.
La période d'observation est le cœur de la procédure. C'est pendant cette phase que l'entreprise est diagnostiquée, restructurée et, idéalement, relancée.
L'article L621-3 du Code de commerce, applicable au redressement par renvoi de l'article L631-7, prévoit une durée initiale maximale de six mois.
Cette période peut être :
La durée maximale théorique est donc de 18 mois. En pratique, la majorité des procédures se règlent entre 6 et 12 mois.
Le jugement produit plusieurs effets qui changent la donne, aussi bien pour l'entreprise que pour ses partenaires :
L'administrateur judiciaire, s'il en a été désigné un, établit un bilan économique, social et environnemental de l'entreprise. Ce document est la base du projet de plan. Il passe en revue :
Pendant la période d'observation, les dettes antérieures sont gelées. En revanche, les dettes nouvelles doivent être payées à leur échéance (articles L622-17 pour la sauvegarde, applicable au redressement). Cela inclut les salaires, les charges courantes, les loyers du mois, les fournisseurs qui continuent à livrer.
À l'issue de la période d'observation, trois scénarios principaux sont possibles.
C'est l'issue la plus favorable. Le tribunal arrête un plan de redressement qui fixe les modalités de remboursement des créanciers et les mesures de restructuration.
L'article L626-12 du Code de commerce, applicable au redressement, prévoit que la durée du plan ne peut excéder dix ans (quinze ans pour une exploitation agricole).
L'article L626-18 fixe des règles sur les échéances :
Le plan peut prévoir des remises de dettes consenties par certains créanciers (notamment les créanciers publics, dans des conditions encadrées), des rééchelonnements, et des mesures internes comme des cessions d'activités secondaires, des réductions d'effectifs, ou une recapitalisation.
Prévue par l'article L631-22 du Code de commerce, la cession intervient lorsque le ou les plans proposés apparaissent manifestement insusceptibles de permettre le redressement, ou en l'absence de tels plans.
Un repreneur est désigné par le tribunal après mise en concurrence. La cession permet de préserver tout ou partie de l'activité et des emplois, mais change la qualité du dirigeant : il n'est plus aux commandes.
Si aucun plan n'est viable et qu'aucune cession n'aboutit, le tribunal prononce la liquidation judiciaire et met fin à la période d'observation. L'actif est alors réalisé pour désintéresser les créanciers.
Beaucoup de dirigeants hésitent à ouvrir la procédure par peur des conséquences personnelles. Regardons ce qu'il en est vraiment.
En plus de l'interdiction de gérer évoquée plus haut (article L653-8), le dirigeant peut voir sa responsabilité engagée dans les cas suivants :
Ces sanctions ne sont pas automatiques. Elles supposent un comportement fautif, pas le simple fait d'avoir déposé le bilan.
Nous accompagnons régulièrement des dirigeants de PME vendéennes. Trois erreurs reviennent sans cesse.
Première erreur : attendre trop longtemps. Le dirigeant espère une rentrée d'argent, un nouveau marché, un accord avec le banquier. Pendant ce temps, les 45 jours défilent. Quand il se décide, la cessation des paiements date de trois ou quatre mois.
Deuxième erreur : payer certains créanciers préférentiellement. Juste avant d'ouvrir la procédure, le dirigeant règle un fournisseur « qui l'a aidé », ou un proche qui lui a prêté de l'argent. Ce paiement peut être annulé par le tribunal s'il intervient pendant la période suspecte (entre la date de cessation des paiements fixée par le jugement et le jugement d'ouverture).
Troisième erreur : sous-estimer la déclaration de cessation des paiements. La qualité du dossier déposé au greffe conditionne l'orientation du dossier. Un dossier flou, incomplet ou trop optimiste peut orienter le tribunal vers la liquidation plutôt que le redressement.
Le bon moment pour consulter est avant la cessation des paiements, pas après. Si vous repérez l'un des signaux suivants, il est temps de nous appeler :
À ce stade, plusieurs outils sont encore disponibles : mandat ad hoc, conciliation, négociation avec les créanciers, restructuration capitalistique. Une fois les 45 jours dépassés, la marge de manœuvre se réduit fortement.
En moyenne 6 à 12 mois pour la période d'observation, puis jusqu'à 10 ans pour l'exécution du plan si un plan est arrêté.
Oui. Le jugement d'ouverture est publié au BODACC (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales) et mentionné au registre du commerce. L'information est publique.
Oui. L'activité se poursuit normalement pendant la période d'observation. Les nouvelles commandes et les contrats en cours continuent de s'exécuter. Les créances nées pendant la procédure sont traitées différemment et payées à leur échéance.
Les banques et autres créanciers peuvent, en principe, actionner votre caution. Certaines règles offrent des protections limitées pendant la procédure. Cela dépend de la nature de l'engagement, il faut l'analyser au cas par cas.
Si vous n'êtes pas en cessation des paiements, la procédure adaptée n'est pas le redressement mais la sauvegarde (ou, en amont, le mandat ad hoc ou la conciliation). Le redressement suppose la cessation des paiements.
Les salaires sont des créances privilégiées. Ils peuvent être pris en charge par l'AGS (Association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés) dans certaines limites.
Chaque dossier a ses spécificités. Les délais courts et les enjeux patrimoniaux imposent un accompagnement personnalisé.
Le cabinet Lagrange & Associés, installé à La Roche-sur-Yon, accompagne depuis plusieurs années les dirigeants de PME et d'ETI vendéennes dans leurs procédures collectives et leurs négociations avec les créanciers.

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