Blog

Redressement judiciaire d'entreprise : le guide complet pour les dirigeants

Le redressement judiciaire d’une entreprise est une procédure clé pour surmonter les difficultés financières. Découvrez dans ce guide complet les étapes, les délais, le rôle du tribunal et les solutions possibles pour les dirigeants afin de sauvegarder leur activité.

Quand la trésorerie se tend, que les échéances s'accumulent et que les créanciers commencent à relancer, un dirigeant se retrouve souvent seul face à une décision lourde : ouvrir ou non une procédure de redressement judiciaire. Cette procédure collective reste l'un des outils les plus efficaces pour sauver une entreprise en cessation des paiements, à condition d'être déclenchée au bon moment et de s'appuyer sur les bons conseils.

Dans ce guide, vous trouverez tout ce qu'un dirigeant doit comprendre avant de saisir le tribunal : les conditions d'ouverture, le rôle précis de chaque acteur, les effets concrets de la procédure sur vos dettes et vos contrats, et les issues possibles. L'objectif est simple : vous permettre d'anticiper, de décider avec lucidité et de préserver vos chances de rebondir.

Qu'est-ce que le redressement judiciaire d'une entreprise ?

Le redressement judiciaire est une procédure collective prévue par le Code de commerce. Elle est définie par l'article L631-1, qui fixe trois objectifs clairs : permettre la poursuite de l'activité, maintenir l'emploi et apurer le passif.

Concrètement, lorsqu'un tribunal ouvre un redressement judiciaire, il place l'entreprise sous une protection juridique encadrée. Les poursuites individuelles des créanciers sont gelées, les dettes antérieures sont figées, et un administrateur judiciaire vient épauler le dirigeant pour construire un plan capable de rétablir durablement la situation.

Une procédure tournée vers le sauvetage de l'entreprise

À la différence de la liquidation judiciaire, qui marque la fin de l'activité, le redressement judiciaire part d'un pari : l'entreprise peut encore être sauvée. Ce pari repose sur un diagnostic économique, social et financier réalisé pendant la période d'observation. Si le diagnostic montre que le redressement est possible, un plan est arrêté par le tribunal. Dans le cas contraire, la procédure bascule en liquidation.

Un cadre juridique strict mais protecteur

Le redressement judiciaire n'est pas un simple aménagement amiable des dettes. C'est une procédure judiciaire régie par les articles L631-1 et suivants du Code de commerce. Elle place le dirigeant sous le contrôle du tribunal, mais lui offre en contrepartie un bouclier redoutablement efficace contre les créanciers. Bien utilisée, elle permet de reprendre la main là où toutes les négociations amiables ont échoué.

Quelles sont les conditions d'ouverture du redressement judiciaire ?

Deux conditions cumulatives doivent être réunies pour qu'un redressement judiciaire soit ouvert.

1. L'état de cessation des paiements

Selon l'article L631-1 du Code de commerce, l'entreprise doit être dans l'impossibilité de faire face à son passif exigible avec son actif disponible. Autrement dit, les sommes dont l'entreprise dispose immédiatement (trésorerie, créances mobilisables) ne suffisent plus à régler les dettes arrivées à échéance.

Attention à la confusion classique avec l'insolvabilité. Une entreprise peut avoir beaucoup d'immobilisations, un carnet de commandes rempli et malgré tout se retrouver en cessation des paiements si ses liquidités ne suffisent pas à honorer ses échéances du mois.

Exemple concret : une TPE vendéenne du bâtiment encaisse ses clients à 60 jours, mais doit régler ses sous-traitants à 30 jours et payer ses salaires chaque fin de mois. Si elle n'a plus de ligne bancaire et que les créances clients ne rentrent pas à temps, elle peut se retrouver en cessation des paiements alors même que son carnet de commandes reste solide.

La loi prévoit toutefois une nuance importante : le dirigeant qui établit qu'il bénéficie de réserves de crédit ou de moratoires suffisants pour faire face au passif exigible n'est pas considéré comme étant en cessation des paiements.

2. Un redressement doit paraître possible

Le tribunal ne prononce le redressement judiciaire que s'il estime que l'entreprise peut encore être sauvée. Si la situation apparaît manifestement insusceptible de redressement, l'article L631-7 du Code de commerce prévoit que le tribunal peut directement ouvrir une liquidation judiciaire.

C'est pour cette raison que la qualité du dossier présenté au tribunal est déterminante. Un diagnostic étayé, des prévisionnels réalistes et un plan de trésorerie crédible sont souvent ce qui fait la différence entre un redressement ouvert et une liquidation directe.

Qui peut demander l'ouverture d'un redressement judiciaire ?

L'article L631-2 du Code de commerce liste les entités concernées par la procédure :

  • Les personnes exerçant une activité commerciale ou artisanale
  • Les exploitations agricoles
  • Les professions libérales, y compris celles soumises à un statut législatif ou réglementaire
  • Les autres personnes physiques exerçant une activité professionnelle indépendante
  • Les personnes morales de droit privé (SARL, SAS, SA, SCI commerciales, associations, etc.)

Trois acteurs peuvent saisir le tribunal :

  1. Le dirigeant lui-même, qui doit déclarer la cessation des paiements dans le délai légal.
  2. Un créancier, sur assignation, sauf si une procédure de conciliation est en cours.
  3. Le ministère public, qui peut requérir l'ouverture d'office.

Le tribunal compétent dépend de la nature de l'activité : tribunal de commerce pour les entreprises commerciales et artisanales, tribunal judiciaire pour les professions libérales et les associations, sachant que certains territoires expérimentent depuis 2025 le tribunal des activités économiques qui regroupe ces compétences.

Le délai crucial des 45 jours : ne le laissez pas passer

C'est probablement le point le plus important de ce guide. L'article L631-4 du Code de commerce impose au dirigeant de demander l'ouverture du redressement judiciaire dans les 45 jours suivant la cessation des paiements, sauf s'il a demandé dans ce délai l'ouverture d'une procédure de conciliation.

Ce que risque le dirigeant qui ne respecte pas ce délai

L'article L653-8 du Code de commerce permet au tribunal de prononcer une interdiction de diriger, gérer, administrer ou contrôler toute entreprise à l'encontre du dirigeant qui a sciemment omis de déclarer la cessation des paiements dans les 45 jours.

Cette sanction peut durer jusqu'à 15 ans et concerne aussi bien les sociétés commerciales que les activités artisanales ou agricoles. En pratique, elle ferme la porte à toute nouvelle aventure entrepreneuriale pendant des années.

S'ajoutent à cela les risques classiques d'action en responsabilité pour insuffisance d'actif en cas de liquidation ultérieure, et d'éventuelles poursuites pour banqueroute si le comportement du dirigeant a aggravé la situation.

Ce qu'il faut faire avant le 46e jour

Dès le premier signe de cessation des paiements, trois réflexes s'imposent :

  1. Dater précisément la cessation des paiements. C'est souvent le premier échange impayé ou le premier salaire qui ne passe pas. Cette date doit être documentée.
  2. Consulter un avocat en droit des affaires. Il peut évaluer si la conciliation reste possible, ce qui suspend l'obligation de déclarer la cessation des paiements.
  3. Préparer le dossier de saisine. Bilan récent, liste des créances et des dettes, situation de trésorerie, attestation sur l'honneur selon laquelle aucune conciliation n'est en cours.

Le dirigeant qui anticipe gagne sur tous les plans : il conserve la main sur la procédure plutôt que de la subir, il évite les sanctions personnelles, et il préserve ses chances d'obtenir un plan de redressement viable.

Comment se déroule la procédure de redressement judiciaire ?

La procédure se structure en trois grandes étapes : l'ouverture, la période d'observation et le jugement arrêtant le plan (ou la liquidation).

Étape 1 : le jugement d'ouverture

Le tribunal statue après avoir entendu le dirigeant. Si les conditions sont réunies, il prononce l'ouverture du redressement judiciaire et fixe la date de cessation des paiements. Cette date a une importance juridique majeure puisqu'elle détermine la période suspecte, pendant laquelle certains actes accomplis par le dirigeant peuvent être annulés.

Le jugement nomme également plusieurs intervenants :

  • L'administrateur judiciaire : il assiste ou représente le dirigeant selon la mission confiée par le tribunal. Il peut avoir une mission de surveillance, d'assistance ou de représentation.
  • Le mandataire judiciaire : il représente les créanciers et centralise les déclarations de créances.
  • Le juge-commissaire : il supervise la procédure et tranche les difficultés qui surviennent en cours de route.

Dans les petites entreprises, la nomination d'un administrateur judiciaire n'est pas systématique.

Étape 2 : la période d'observation

C'est la période pendant laquelle l'entreprise poursuit son activité sous contrôle, afin d'évaluer ses chances réelles de redressement et d'élaborer un plan.

Sa durée est encadrée par les articles L621-3 et L631-7 du Code de commerce :

  • Durée initiale : 6 mois maximum, fixée par le tribunal.
  • Renouvellement ordinaire : 6 mois supplémentaires, par décision spécialement motivée du tribunal, à la demande de l'administrateur, du dirigeant ou du ministère public.
  • Prolongation exceptionnelle : 6 mois encore, uniquement à la demande du procureur de la République.

La durée totale maximale est donc de 18 mois, même si la plupart des procédures aboutissent à un plan ou à une issue avant ce terme. Pour les exploitations agricoles, la durée peut être adaptée à l'année culturale en cours.

Pendant cette période, l'entreprise doit continuer à fonctionner normalement, payer ses créances postérieures au jugement et coopérer pleinement avec les organes de la procédure.

Étape 3 : l'élaboration et l'arrêt du plan

Le plan est construit en concertation entre le dirigeant, l'administrateur judiciaire et, le cas échéant, les classes de parties affectées prévues par l'article L631-19 du Code de commerce. Ce plan est ensuite soumis au vote puis arrêté par le tribunal.

La durée maximale du plan est de 10 ans, selon l'article L626-12 du Code de commerce, et elle monte à 15 ans pour les exploitations agricoles.

Les effets du redressement judiciaire sur les dettes

C'est ici que le redressement judiciaire révèle toute sa force comme mécanisme de protection.

Gel des dettes antérieures

L'article L622-7 du Code de commerce pose une règle claire : à compter du jugement d'ouverture, il est interdit de payer toute créance née avant cette date, sauf quelques exceptions limitatives (compensation de créances connexes, créances alimentaires, paiements autorisés par le juge-commissaire pour retirer un gage ou lever une option de crédit-bail essentielle à l'activité).

Cette interdiction s'impose aussi bien au dirigeant qu'aux créanciers. Toute violation peut entraîner l'annulation du paiement dans les trois ans.

Suspension des poursuites individuelles

Les créanciers ne peuvent plus engager ni poursuivre d'actions en paiement contre l'entreprise. Les saisies sont suspendues, les procédures en cours stoppées. Pour un dirigeant étouffé par les relances, ce gel apporte un vrai répit.

Arrêt du cours des intérêts

Selon l'article L622-28 du Code de commerce, le jugement d'ouverture arrête le cours des intérêts légaux, conventionnels et de retard, ainsi que toutes les majorations. Seule exception notable : les intérêts des prêts conclus pour une durée d'un an ou plus, ou des contrats assortis d'un paiement différé d'un an ou plus, qui continuent de courir.

Déclaration des créances

Les créanciers antérieurs au jugement doivent déclarer leurs créances au mandataire judiciaire. L'article R622-24 du Code de commerce fixe ce délai à deux mois à compter de la publication du jugement d'ouverture au BODACC. Ce délai est porté à quatre mois pour les créanciers qui ne résident pas sur le territoire de la juridiction qui a ouvert la procédure.

Un créancier qui ne déclare pas sa créance dans le délai s'expose à la forclusion : sa créance devient inopposable à la procédure et au plan, sauf relevé de forclusion dans des cas limités. Autant dire qu'un dirigeant averti garde trace de cette date, car elle peut considérablement alléger son passif.

Les effets sur les contrats en cours

Un des apports majeurs du redressement judiciaire est le maintien des contrats indispensables à l'activité.

L'article L622-13 du Code de commerce pose le principe : aucune clause contractuelle ne peut prévoir la résiliation automatique d'un contrat du seul fait de l'ouverture d'une procédure collective. Le cocontractant est tenu de continuer à exécuter ses obligations, même si le débiteur a manqué à des engagements antérieurs.

La décision de poursuivre le contrat

L'administrateur judiciaire a seul le pouvoir d'exiger la poursuite des contrats en cours. Il doit toutefois s'assurer qu'il dispose des fonds nécessaires au paiement des prestations à venir.

Trois situations peuvent se présenter :

  1. Le contrat est poursuivi : il continue normalement, les prestations sont fournies et payées à échéance.
  2. Le contrat est résilié à la demande de l'administrateur, si cette résiliation est nécessaire au redressement et ne porte pas une atteinte excessive aux intérêts du cocontractant.
  3. Le contrat est résilié de plein droit, notamment lorsque le cocontractant a mis en demeure l'administrateur de prendre parti et que celui-ci n'a pas répondu dans le mois.

Le cas particulier des contrats de travail

Les contrats de travail ne sont pas régis par l'article L622-13. Ils suivent un régime spécifique. Les salaires dus avant le jugement d'ouverture sont pris en charge par l'AGS dans les limites légales, ce qui permet à l'entreprise de préserver sa trésorerie tout en garantissant aux salariés le versement de leurs droits.

Des licenciements économiques peuvent être autorisés pendant la période d'observation ou au moment du plan, mais uniquement dans des conditions strictes et après respect des procédures applicables.

Le plan de redressement : l'issue favorable

Quand la période d'observation débouche sur un diagnostic positif, le tribunal arrête un plan de redressement.

Contenu typique d'un plan

Un plan bien construit combine généralement plusieurs leviers :

  • Rééchelonnement des dettes sur une durée pouvant aller jusqu'à 10 ans (15 ans pour l'agricole), en application de l'article L626-12 du Code de commerce.
  • Remises partielles de dettes accordées par certains créanciers, notamment publics dans le cadre de la Commission des chefs de services financiers (CCSF).
  • Cessions d'actifs non stratégiques pour dégager de la trésorerie.
  • Engagements d'exploitation visant à sécuriser la rentabilité future (réduction de charges, réorganisation, évolution commerciale).

Le suivi de l'exécution

Un commissaire à l'exécution du plan est désigné. Sa mission est de veiller au respect des engagements pris par le dirigeant. Si le plan est exécuté correctement, l'entreprise sort définitivement de la procédure. Si le dirigeant manque à ses obligations, la résolution du plan peut être prononcée, avec en général une bascule en liquidation judiciaire.

Et si le redressement échoue ?

Plusieurs issues défavorables sont possibles.

La conversion en liquidation judiciaire

Si aucun plan viable n'émerge de la période d'observation, le tribunal convertit la procédure en liquidation judiciaire. L'activité cesse (sauf cession de l'entreprise), les actifs sont vendus et le produit est réparti entre les créanciers selon le rang de leurs créances.

La cession totale ou partielle

Le tribunal peut ordonner la cession de l'entreprise à un repreneur. Cette solution permet de sauver l'activité et les emplois, même si la personne morale disparaît. Elle peut être décidée en cours de redressement ou dans le cadre d'une liquidation.

La résolution du plan

Si un plan est adopté mais que l'entreprise ne parvient pas à tenir ses engagements, le tribunal peut prononcer la résolution du plan, ce qui conduit généralement à l'ouverture d'une liquidation.

Redressement, sauvegarde, liquidation : comment s'y retrouver ?

Les dirigeants confondent souvent ces trois procédures, alors qu'elles répondent à des logiques différentes.

Sauvegarde, redressement, liquidation : tableau comparatif | Lagrange Avocats
Tableau comparatif

Sauvegarde, redressement ou liquidation : quelle procédure pour votre entreprise ?

Trois procédures collectives, trois logiques différentes. Voici ce qui les distingue pour un dirigeant.

Critère SauvegardeProcédure préventive Redressement judiciaireProcédure de sauvetage Liquidation judiciaireProcédure terminale
Situation de l'entreprise État financier au moment de l'ouverture
Avant la crise Difficultés que le dirigeant n'est pas en mesure de surmonter, mais sans cessation des paiements.
Crise installée Cessation des paiements avérée, mais un redressement paraît possible. Art. L631-1 C. com.
Crise terminale Cessation des paiements et redressement manifestement impossible.
Qui peut saisir le tribunal Acteurs habilités à ouvrir la procédure
Le dirigeant seul.
Le dirigeant (obligation dans les 45 jours), un créancier ou le ministère public. Art. L631-4 C. com.
Le dirigeant, un créancier ou le ministère public.
Objectif de la procédure Finalité poursuivie par le tribunal
Réorganiser l'entreprise, anticiper les difficultés et éviter la cessation des paiements.
Poursuivre l'activité, maintenir l'emploi et apurer le passif. Art. L631-1 C. com.
Mettre fin à l'activité, réaliser les actifs et payer les créanciers selon le rang de leurs créances.
Période d'observation Durée pour construire un plan
6 mois renouvelables une fois, soit 12 mois maximum.
6 mois + 6 mois + 6 mois exceptionnels (procureur), soit 18 mois maximum. Art. L621-3 et L631-7 C. com.
Sans objet Pas de période d'observation. La liquidation peut toutefois s'accompagner d'un maintien provisoire de l'activité pour la cession.
Rôle du dirigeant Pouvoir de gestion pendant la procédure
Le dirigeant continue à gérer normalement. Assistance éventuelle d'un administrateur.
Le dirigeant reste en place sous surveillance, assistance ou représentation par l'administrateur judiciaire.
Le dirigeant est dessaisi. Le liquidateur exerce les pouvoirs à sa place.
Organes nommés Intervenants désignés par le tribunal
Mandataire judiciaire, administrateur (selon la taille), juge-commissaire.
Mandataire judiciaire, administrateur judiciaire, juge-commissaire.
Liquidateur, juge-commissaire.
Effet sur les dettes Traitement du passif antérieur
Gel des dettes antérieures, suspension des poursuites, arrêt des intérêts. Art. L622-7 C. com.
Gel des dettes antérieures, suspension des poursuites, arrêt des intérêts (sauf prêts ≥ 1 an). Art. L622-7 et L622-28 C. com.
Exigibilité anticipée des dettes. Les créanciers sont payés selon le rang de leur créance après réalisation des actifs.
Effet sur les contrats en cours Continuation ou résiliation
Poursuite automatique des contrats en cours. Art. L622-13 C. com.
Poursuite automatique, sauf résiliation demandée par l'administrateur ou de plein droit. Art. L622-13 C. com.
Le liquidateur décide au cas par cas de la poursuite des contrats, en fonction de la cession éventuelle.
Issue possible Fin de la procédure
Plan de sauvegarde (jusqu'à 10 ans), ou conversion en redressement voire liquidation.
Plan de redressement (jusqu'à 10 ans, 15 ans en agricole), cession totale ou partielle, ou conversion en liquidation. Art. L626-12 C. com.
Vente des actifs, paiement des créanciers dans l'ordre légal, clôture de la procédure.
Avenir de l'entreprise Situation en fin de procédure
L'entreprise poursuit son activité dans un cadre assaini.
L'entreprise poursuit son activité si le plan est adopté et exécuté. Reprise possible en cas de cession.
Disparition de la personne morale, sauf cession d'entreprise qui permet la poursuite de l'activité sous un autre porteur.
Sauvegarde Procédure préventive
Situation
Difficultés avérées, sans cessation des paiements.
Qui saisit le tribunal
Le dirigeant seul.
Objectif
Anticiper les difficultés avant qu'elles deviennent critiques.
Période d'observation
12 mois maximum (6 + 6).
Rôle du dirigeant
Gestion normale, avec assistance éventuelle.
Issue
Plan de sauvegarde (jusqu'à 10 ans) ou conversion.
Redressement judiciaire Procédure de sauvetage
Situation
Cessation des paiements, mais redressement possible (L631-1 C. com.).
Qui saisit le tribunal
Dirigeant (45 jours), créancier ou ministère public.
Objectif
Poursuivre l'activité, maintenir l'emploi, apurer le passif.
Période d'observation
18 mois maximum (6 + 6 + 6 exceptionnels).
Rôle du dirigeant
Surveillance, assistance ou représentation par l'administrateur.
Issue
Plan de redressement (jusqu'à 10 ans), cession ou liquidation.
Liquidation judiciaire Procédure terminale
Situation
Cessation des paiements et redressement manifestement impossible.
Qui saisit le tribunal
Dirigeant, créancier ou ministère public.
Objectif
Cesser l'activité, vendre les actifs, payer les créanciers.
Période d'observation
Sans objet.
Rôle du dirigeant
Dessaisi au profit du liquidateur.
Issue
Vente des actifs, répartition, clôture. Cession possible.

Comment choisir ?

La sauvegarde se conçoit comme un outil préventif : elle n'est accessible qu'avant la cessation des paiements. Dès que celle-ci est avérée, seul le redressement judiciaire permet encore un sauvetage, à condition que ce redressement paraisse possible. Si les difficultés sont trop profondes, le tribunal ouvre directement une liquidation judiciaire. C'est la qualité du diagnostic préalable qui fait la différence, d'où l'intérêt de solliciter un avocat en droit des affaires dès les premiers signes de tension.

La sauvegarde se conçoit comme un outil préventif. Dès que la cessation des paiements est avérée, elle n'est plus accessible : seul le redressement judiciaire permet encore un sauvetage, à condition que celui-ci paraisse possible.

Pourquoi se faire accompagner par un avocat en droit des affaires

Un redressement judiciaire se joue rarement sur la seule bonne volonté du dirigeant. Les choix opérés à chaque étape ont des conséquences durables sur l'entreprise, sur la responsabilité personnelle du dirigeant et sur les relations avec les créanciers.

Un avocat en droit des affaires intervient sur plusieurs terrains :

  • Diagnostic préalable : évaluer si la situation relève de la conciliation, de la sauvegarde ou du redressement. Chaque procédure répond à une logique différente.
  • Préparation de la saisine : construire un dossier solide qui maximise les chances d'obtenir un redressement plutôt qu'une liquidation directe.
  • Dialogue avec les organes de la procédure : administrateur, mandataire, juge-commissaire, procureur.
  • Négociation avec les créanciers : construction des remises, rééchelonnements, protocoles avec la CCSF pour les dettes fiscales et sociales.
  • Protection du dirigeant : anticipation des risques personnels (action en insuffisance d'actif, interdiction de gérer, banqueroute) et sécurisation des décisions prises.
  • Élaboration du plan : construction d'un plan réaliste, négociation des classes de parties affectées lorsqu'elles sont constituées.

Le cabinet Lagrange Avocats Associés, basé à La Roche-sur-Yon, accompagne depuis plusieurs années des dirigeants d'entreprise confrontés à des difficultés financières. L'enjeu n'est pas seulement de traverser la procédure, mais d'en sortir avec une entreprise remise d'aplomb et un dirigeant protégé.

Les points à retenir

Le redressement judiciaire n'est pas une défaite. C'est un outil juridique puissant qui permet à une entreprise en cessation des paiements de continuer son activité, de préserver les emplois et d'apurer son passif de manière ordonnée.

Trois réflexes font la différence : agir dans les 45 jours qui suivent la cessation des paiements, préparer un dossier solide avant de saisir le tribunal, et se faire accompagner par un avocat spécialisé dès les premiers signes de difficulté.

Un dirigeant qui anticipe et qui s'entoure garde toutes ses chances de voir son entreprise rebondir. Un dirigeant qui attend subit la procédure et s'expose à des sanctions personnelles qui peuvent durer des années.

Si vous traversez une phase difficile, prenez le temps d'en parler avec un professionnel du droit des affaires. Ce premier échange peut changer radicalement la trajectoire de votre entreprise.

Outils interactifs

Deux outils vous sont proposés ci-dessous pour aller plus loin :

  1. Le simulateur d'éligibilité au redressement judiciaire : un diagnostic rapide pour comprendre si votre situation relève de cette procédure.
Simulateur d'éligibilité au redressement judiciaire | Lagrange Avocats Associés
Outil pédagogique

Votre entreprise peut-elle relever du redressement judiciaire ?

6 questions pour faire un premier point sur votre situation

Question 1 / 6
Question 1 sur 6
Votre entreprise arrive-t-elle encore à régler ses dettes à l'échéance ?
On parle ici du passif exigible (dettes arrivées à échéance) comparé à l'actif disponible (trésorerie, créances mobilisables immédiatement).
Question 2 sur 6
Depuis combien de temps ces impayés durent-ils ?
Le Code de commerce impose au dirigeant de saisir le tribunal dans les 45 jours qui suivent la cessation des paiements, sauf conciliation en cours.
Question 3 sur 6
Votre activité a-t-elle encore un potentiel de redressement ?
Le redressement judiciaire n'est ouvert que si un sauvetage paraît possible. Carnet de commandes, clients solvables, rentabilité retrouvée avec un rééchelonnement, etc.
Question 4 sur 6
Avez-vous déjà entamé une démarche amiable ?
Un mandat ad hoc ou une procédure de conciliation peut parfois éviter le redressement judiciaire, ou au moins en améliorer les conditions.
Question 5 sur 6
Quel est le poids approximatif de vos dettes ?
Une estimation suffit. Elle permet de calibrer le type de procédure le plus adapté.
Question 6 sur 6
Combien de salariés compte votre entreprise ?
Le nombre de salariés a une incidence sur la procédure (nomination ou non d'un administrateur, rôle du CSE, dossier social).
📊

Analyse de votre situation

Ce que nous vous recommandons

    Faites le point avec un avocat en droit des affaires

    Chaque situation est unique. Un échange avec Maître Lagrange permet de valider le diagnostic et de choisir la meilleure stratégie pour protéger votre entreprise et votre mandat.

    Prendre rendez-vous
    Important : cet outil fournit une orientation pédagogique, pas un diagnostic juridique. Seul un avocat en droit des affaires, après étude de votre dossier, peut vous conseiller sur la procédure la plus adaptée. Les références légales citées sont issues du Code de commerce (articles L631-1, L631-2, L631-4, L631-7, L621-3, L622-7, L622-13, L622-24, L622-28, L626-12, L653-8).
    1. Le schéma du déroulement de la procédure : une visualisation étape par étape pour situer votre entreprise dans le parcours.
    Déroulement du redressement judiciaire | Schéma pédagogique | Lagrange Avocats
    Schéma pédagogique

    Le déroulement du redressement judiciaire

    De la cessation des paiements au plan de redressement, visualisez chaque étape de la procédure.

    Phase de la procédure
    Étape concrète
    L631-X = référence au Code de commerce
    1 En amont : la cessation des paiements
    Constat de la cessation des paiements
    Jour J
    L'entreprise ne parvient plus à faire face à son passif exigible avec son actif disponible. Cette date doit être documentée avec précision.
    Qui agit Le dirigeant
    Document clé Situation de trésorerie
    Article L631-1 C. com.
    Délai de 45 jours pour saisir le tribunal
    J+1 à J+45
    Le dirigeant doit déclarer la cessation des paiements au tribunal dans les 45 jours, sauf ouverture d'une procédure de conciliation dans ce même délai.
    Risque Interdiction de gérer jusqu'à 15 ans
    Exception Conciliation en cours
    Articles L631-4 et L653-8 C. com.
    2 Le jugement d'ouverture
    Audience devant le tribunal
    Après saisine
    Le tribunal de commerce ou le tribunal judiciaire (selon l'activité) entend le dirigeant et vérifie les conditions d'ouverture. Un redressement doit paraître possible.
    Juridiction Tribunal de commerce, tribunal judiciaire ou tribunal des activités économiques
    Pièces Bilan, liste créances, trésorerie
    Prononcé du jugement d'ouverture
    Immédiat
    Le tribunal fixe la date de cessation des paiements, ouvre la période d'observation et nomme les organes de la procédure. Publication au BODACC.
    Effet immédiat Gel des dettes antérieures et suspension des poursuites
    Intérêts Arrêt du cours des intérêts
    Articles L622-7, L622-28 C. com.
    3 La période d'observation
    Poursuite de l'activité sous contrôle
    6 mois initiaux
    L'entreprise continue à exercer son activité. L'administrateur judiciaire assiste ou représente le dirigeant selon la mission fixée. Diagnostic économique, social et financier.
    Contrats en cours Poursuivis par principe
    Créances nouvelles Payées à échéance
    Articles L621-3, L622-13 C. com.
    Déclaration des créances
    2 mois après BODACC
    Les créanciers antérieurs déclarent leurs créances au mandataire judiciaire. 4 mois pour les créanciers hors territoire de la juridiction. Forclusion en cas de retard.
    Destinataire Le mandataire judiciaire
    Sanction Créance inopposable au plan
    Articles L622-24 et R622-24 C. com.
    Prolongations possibles
    Jusqu'à 18 mois
    Renouvellement ordinaire de 6 mois par décision motivée, puis prolongation exceptionnelle de 6 mois sur demande du procureur de la République.
    6+6 Dirigeant, administrateur ou ministère public
    +6 exceptionnel Procureur de la République uniquement
    Articles L621-3 et L631-7 C. com.
    4 L'issue de la procédure
    Vote et arrêt du plan
    Fin observation
    L'administrateur prépare le projet de plan avec le dirigeant. Consultation individuelle des créanciers ou vote par classes de parties affectées selon la taille de l'entreprise.
    Consultation Par l'administrateur
    Jugement Arrêt du plan par le tribunal
    Article L631-19 C. com.
    Trois issues possibles
    Plan de redressement
    Rééchelonnement du passif sur 10 ans maximum (15 ans en agricole). Suivi par un commissaire à l'exécution du plan.
    Cession de l'entreprise
    Reprise totale ou partielle par un tiers pour sauver l'activité et les emplois. Décidée par le tribunal.
    Liquidation judiciaire
    Conversion si aucun plan n'est viable. Cessation d'activité et réalisation des actifs au profit des créanciers.
    5 L'exécution du plan
    Suivi par le commissaire à l'exécution du plan
    Jusqu'à 10 ans
    Le dirigeant retrouve la pleine maîtrise de son entreprise et respecte les engagements pris : échéancier de paiement, engagements d'exploitation, cessions éventuelles.
    Durée maximale 10 ans (15 ans en agricole)
    En cas d'échec Résolution du plan
    Article L626-12 C. com.

    Les 4 acteurs clés de la procédure

    D
    Le dirigeant
    Continue à diriger l'entreprise, sous contrôle de l'administrateur selon la mission fixée.
    A
    L'administrateur judiciaire
    Mission de surveillance, d'assistance ou de représentation. Pilote l'élaboration du plan.
    M
    Le mandataire judiciaire
    Représente l'intérêt collectif des créanciers. Reçoit et vérifie les déclarations de créances.
    J
    Le juge-commissaire
    Supervise le bon déroulement de la procédure. Tranche les incidents et autorise les actes importants.

    Les chiffres clés à retenir

    45 jours
    pour déclarer la cessation des paiements au tribunal (L631-4 C. com.)
    6 mois
    période d'observation initiale fixée par le jugement d'ouverture
    18 mois
    durée maximale de la période d'observation avec prolongations
    2 mois
    délai de déclaration des créances à compter du BODACC (R622-24)
    10 ans
    durée maximale du plan de redressement (15 ans en agricole)
    15 ans
    durée maximale d'une interdiction de gérer pour non-déclaration

    Votre entreprise traverse une période difficile ?

    Maître Bernard Lagrange accompagne les dirigeants d'entreprise en Vendée et au-delà dans toutes les procédures collectives. Un premier échange permet souvent de reprendre la main sur la situation.

    Prendre contact avec le cabinet

    Cet article a été rédigé par Maître Bernard Lagrange, avocat au barreau de La Roche-sur-Yon, spécialisé en droit des affaires. Il ne remplace pas un conseil juridique personnalisé. Pour toute situation concrète, contactez le cabinet Lagrange Avocats Associés.

    Recevoir nos conseils juridiques.

    Recevez nos veilles juridiques et dernières actualités pour rester à jour sur la gestion de votre entreprise.