Chaque année, au moment d'approuver les comptes, un document revient dans les sociétés : le rapport spécial sur les conventions réglementées. Beaucoup de dirigeants le perçoivent comme une formalité obscure, voire la négligent. Pourtant, le rapport spécial est un instrument de transparence qui protège la société et engage la responsabilité de ses dirigeants. Mal compris ou oublié, il peut devenir une source de contentieux. Voici ce qu'un dirigeant vendéen doit savoir sur ce rapport et les conventions qu'il encadre.
Le rapport spécial n'est pas une lourdeur administrative inutile. Il répond à un objectif précis : éviter qu'un dirigeant ou un associé influent ne conclue avec la société des contrats qui le favorisent au détriment de l'intérêt social. Comprendre son rôle permet de l'utiliser correctement.
Une convention réglementée est un contrat conclu entre la société et l'un de ses dirigeants ou associés importants, qui présente un risque de conflit d'intérêts. Parce que la personne qui contracte avec la société y exerce une influence, la loi impose une procédure de contrôle destinée à vérifier que la convention sert bien l'intérêt de la société et non le seul intérêt de la personne concernée.
Le périmètre des conventions réglementées varie selon la forme de la société, mais la logique est commune. Sont visées les conventions conclues entre la société et ses dirigeants, ou entre la société et un associé disposant d'un poids significatif. Dans les sociétés anonymes, l'article L225-38 du Code de commerce vise notamment les conventions avec le directeur général, les administrateurs ou un actionnaire disposant de plus de 10 % des droits de vote. Dans la SAS, l'article L227-10 retient un seuil similaire de 10 % des droits de vote. Dans la SARL, l'article L223-19 vise les conventions avec un gérant ou un associé.
Pour illustrer, constituent typiquement des conventions réglementées : un bail conclu entre la société et son dirigeant propriétaire des locaux, un prêt consenti par la société à un associé, une prestation de services facturée par un dirigeant à la société, une rémunération exceptionnelle accordée à un dirigeant, ou encore une convention de trésorerie entre sociétés ayant des dirigeants communs. Ces situations, fréquentes dans les PME, doivent être identifiées et traitées correctement.
Toutes les conventions entre une société et ses dirigeants ne sont pas réglementées. Le droit distingue trois catégories.
Les conventions portant sur des opérations courantes conclues à des conditions normales échappent à la procédure de contrôle. Par exemple, l'achat par un dirigeant des produits que la société commercialise habituellement, aux mêmes conditions que pour tout client, est une convention libre. Elle n'a pas à figurer dans le rapport spécial.
Certaines conventions sont purement et simplement interdites, en raison du risque qu'elles font peser sur la société. Dans les sociétés par actions et les SARL, il est par exemple interdit aux dirigeants personnes physiques de contracter des emprunts auprès de la société, de se faire consentir un découvert ou de faire cautionner leurs engagements par la société. Ces interdictions protègent le patrimoine social.
Entre les conventions libres et les conventions interdites se trouvent les conventions réglementées : ni anodines, ni prohibées, mais soumises à un contrôle. C'est cette catégorie que le rapport spécial recense.
Le rapport spécial est le document qui présente aux associés les conventions réglementées conclues au cours de l'exercice, afin qu'ils puissent statuer dessus.
L'auteur du rapport dépend de la forme de la société et de la présence d'un commissaire aux comptes. Dans une société dotée d'un commissaire aux comptes, c'est lui qui établit le rapport spécial. À défaut, c'est le dirigeant. Dans la SAS, l'article L227-10 prévoit que le commissaire aux comptes ou, s'il n'en a pas été désigné, le président présente le rapport. Dans la SARL, l'article L223-19 confie ce rôle au gérant ou au commissaire aux comptes.
Le rapport spécial décrit chaque convention réglementée : les personnes concernées, la nature et l'objet de la convention, ses conditions essentielles, notamment financières, et l'intérêt qu'elle présente pour la société. Cette description permet aux associés de se prononcer en connaissance de cause. Un rapport précis et complet est la garantie d'une transparence effective.
Le rapport spécial est soumis à l'assemblée des associés, qui statue sur les conventions qu'il décrit. C'est une étape clé de la procédure de contrôle.
Une règle importante protège l'objectivité du vote. Dans la SARL, l'article L223-19 prévoit que le gérant ou l'associé intéressé ne peut pas prendre part au vote, et ses parts ne sont pas prises en compte pour le calcul du quorum et de la majorité. Cette règle évite que la personne concernée par la convention ne vote pour sa propre approbation. Des règles comparables existent dans les sociétés anonymes.
Que se passe-t-il si une convention n'est pas approuvée ? La loi prévoit une solution mesurée : les conventions non approuvées produisent néanmoins leurs effets. La convention reste valable et s'applique. Mais l'absence d'approbation a une conséquence : la personne intéressée et, le cas échéant, les dirigeants supportent les conséquences dommageables de la convention pour la société. Autrement dit, si la convention non approuvée cause un préjudice à la société, son auteur peut être tenu de le réparer. Cette règle figure notamment aux articles L223-19 pour la SARL et L227-10 pour la SAS.
La procédure des conventions réglementées varie sensiblement d'une forme sociale à l'autre. Connaître ces différences évite d'appliquer la mauvaise règle.
La SA connaît le régime le plus strict. L'article L225-38 du Code de commerce impose une autorisation préalable du conseil d'administration pour les conventions visées, avant même leur conclusion. Cette autorisation doit être motivée en justifiant de l'intérêt de la convention pour la société et en précisant les conditions financières. Le rapport spécial du commissaire aux comptes est ensuite soumis à l'assemblée, qui statue. Ce double niveau de contrôle, autorisation préalable puis approbation, caractérise la SA.
La SAS bénéficie d'un régime allégé. L'article L227-10 prévoit que le commissaire aux comptes ou, à défaut, le président présente aux associés un rapport sur les conventions intervenues. Les associés statuent sur ce rapport, mais il n'y a pas d'autorisation préalable obligatoire comme en SA. Le seuil de 10 % des droits de vote détermine les actionnaires concernés. Cette souplesse est cohérente avec la liberté qui caractérise la SAS.
La SARL suit le régime de l'article L223-19. Le gérant ou le commissaire aux comptes présente un rapport, et l'assemblée statue, l'associé intéressé ne prenant pas part au vote. Une particularité existe : en l'absence de commissaire aux comptes, les conventions conclues par un gérant non associé sont soumises à approbation préalable. Connaître cette nuance évite des erreurs de procédure.
Le dirigeant d'une PME vendéenne est aussi propriétaire, à titre personnel, des locaux que loue sa société. Le bail conclu entre lui et sa société constitue une convention réglementée. Chaque année, ce bail doit figurer dans le rapport spécial soumis aux associés. Le loyer doit correspondre aux conditions du marché : un loyer manifestement surévalué appauvrirait la société au profit du dirigeant et pourrait être contesté par les autres associés, voire requalifié par l'administration fiscale. En documentant le caractère normal du loyer et en respectant la procédure, le dirigeant sécurise cette convention parfaitement licite. Cet exemple, très fréquent dans les PME, montre l'importance d'un suivi rigoureux.
L'omission d'une convention réglementée dans le rapport spécial fragilise la transparence et peut engager la responsabilité du dirigeant. Si la convention non révélée cause un préjudice à la société, le dirigeant peut être tenu de le réparer. Tenir un suivi des conventions tout au long de l'exercice évite ces oublis.
Non. Les conventions non approuvées produisent néanmoins leurs effets. La convention reste valable et continue de s'appliquer. Mais la personne intéressée et, le cas échéant, les dirigeants supportent les conséquences dommageables de la convention pour la société. La sanction n'est pas la nullité, mais la responsabilité.
Non. Les conventions portant sur des opérations courantes conclues à des conditions normales échappent à la procédure de contrôle et n'ont pas à figurer dans le rapport spécial. Seules les conventions réglementées proprement dites y sont recensées. La qualification correcte de chaque convention est donc un préalable indispensable.
Négliger la procédure des conventions réglementées expose les dirigeants à voir leur responsabilité engagée. Une convention conclue dans des conditions défavorables à la société, sans transparence ni contrôle, peut être source de litige entre associés et de mise en cause du dirigeant. La rigueur dans l'établissement du rapport spécial protège donc aussi le dirigeant lui-même.
Les conventions réglementées sont souvent au cœur des conflits entre associés, en particulier dans les PME familiales ou les sociétés à actionnariat partagé. Un associé minoritaire qui découvre une convention avantageuse pour le dirigeant majoritaire peut la contester. Le respect scrupuleux de la procédure et la transparence du rapport spécial désamorcent ces tensions.
Les conventions réglementées prennent une dimension particulière dans les groupes de sociétés et les structures à dirigeants communs. Lorsqu'un dirigeant intervient dans plusieurs sociétés liées, les conventions conclues entre ces sociétés relèvent souvent du contrôle des conventions réglementées.
Les conventions de trésorerie, de prestations de services ou de mise à disposition de personnel entre sociétés d'un même groupe sont fréquentes. Lorsqu'un dirigeant est commun à plusieurs de ces sociétés, ces conventions peuvent être soumises à la procédure de contrôle. La transparence est ici essentielle, car ces flux intragroupe sont scrutés tant par les associés minoritaires que par l'administration fiscale, attentive aux conditions anormales.
Dans un groupe, les conventions entre sociétés liées doivent être conclues à des conditions de marché. Une convention avantageant une société au détriment d'une autre peut léser les minoritaires de la société désavantagée et soulever un risque fiscal. Documenter le caractère normal des conditions et respecter la procédure de contrôle protège l'ensemble du groupe.
La procédure des conventions réglementées est étroitement liée à la responsabilité du dirigeant. Un dirigeant qui conclut avec sa société une convention défavorable, sans transparence ni respect de la procédure, s'expose à voir sa responsabilité engagée. À l'inverse, le respect scrupuleux de la procédure et la documentation de l'intérêt social protègent le dirigeant.
Cette dimension protectrice est souvent sous-estimée. Le dirigeant perçoit parfois la procédure comme une contrainte, alors qu'elle constitue d'abord une protection. En soumettant la convention au contrôle des associés et en documentant son intérêt pour la société, le dirigeant se prémunit contre une mise en cause ultérieure. La rigueur procédurale est donc dans son intérêt.
La première bonne pratique consiste à repérer les conventions réglementées au fil de l'eau, et non au dernier moment lors de la préparation des comptes. Tenir un suivi des contrats conclus avec les dirigeants et associés facilite l'établissement du rapport et évite les oublis.
Pour chaque convention, il est utile de documenter en quoi elle sert l'intérêt de la société et à quelles conditions elle a été conclue. Cette documentation justifie la convention et protège le dirigeant en cas de contestation.
Un rapport spécial complet et précis est un gage de sécurité. Il doit décrire fidèlement chaque convention. Un rapport bâclé ou incomplet fragilise la procédure et expose la société et ses dirigeants.
Les conventions réglementées s'inscrivent dans le cycle annuel de la vie sociale. Comprendre ce calendrier aide le dirigeant à organiser le suivi tout au long de l'exercice.
Au fil de l'année, le dirigeant conclut diverses conventions, dont certaines relèvent du régime réglementé. Il doit les identifier au moment de leur conclusion, et non a posteriori. À la clôture de l'exercice, lors de la préparation des comptes, ces conventions sont recensées dans le rapport spécial. Ce rapport est ensuite présenté à l'assemblée d'approbation des comptes, qui statue dessus. Le respect de ce calendrier évite les oublis et la précipitation de dernière minute.
Un suivi tout au long de l'année est donc préférable à une reconstitution hâtive au moment des comptes. Tenir à jour un tableau des conventions, avec leur nature, les personnes concernées et leurs conditions, facilite grandement l'établissement du rapport. Cette discipline de suivi est la marque d'une gouvernance maîtrisée.
Certaines opérations de la vie de l'entreprise font surgir des conventions réglementées qu'il faut savoir anticiper. Une cession d'actifs entre la société et son dirigeant, une convention de management, une garantie consentie, une opération de restructuration impliquant des sociétés liées : autant de situations qui relèvent souvent du contrôle des conventions réglementées.
Ces opérations, par leur ampleur, attirent particulièrement l'attention des associés et de l'administration. Les traiter avec une transparence exemplaire et une documentation soignée est d'autant plus important qu'elles portent sur des enjeux financiers significatifs. Anticiper leur qualification dès leur conception, plutôt que de la découvrir lors de la clôture, sécurise l'opération et le dirigeant.
Le rapport spécial sur les conventions réglementées est un instrument de transparence et de protection. Entre l'identification des conventions, la distinction des conventions libres, réglementées et interdites, et le respect de la procédure d'approbation, le sujet demande de la méthode.
Le cabinet de Maître Bernard Lagrange, avocat en droit des affaires à La Roche-sur-Yon, accompagne les dirigeants vendéens dans l'identification de leurs conventions réglementées, l'établissement du rapport spécial et la sécurisation de la procédure. Contactez le cabinet pour faire le point sur vos conventions.

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